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Projet Horloges

  • PROJET HORLOGES

Une formation d’horloger de haute volée

Les apprentis de SINN fabriquent des horloges en autonomie.

La qualité, clé de la réussite – tel est le principe qui préside à la formation des horlogères et horlogers chez Sinn Spezialuhren. L’objectif est de marier les dernières technologies à l’habileté traditionnelle de l’horloger. Dans le même temps, l’entreprise est réputée pour un niveau de formation supérieur à la moyenne, proche du niveau d’un maître-horloger. Le projet « horloges », un projet unique pour l’entreprise allemande, en est le meilleur exemple : intégralement mis en œuvre par les apprentis, il a été réalisé sous la houlette de Jessica Schmitt, responsable de la formation, et de Hermann-Josef Müller, formateur. C’est une première dans l’histoire de Sinn Spezialuhren : les jeunes ont en effet fabriqué tous les éléments, du mouvement au cabinet, des aiguilles au pendule. Ils ont dû pour cela faire appel à leurs compétences en résolution de problèmes, à leur créativité et à une bonne dose d’ingéniosité.

Une formation professionnelle ciblée qui motive

Comment transposer les contenus de formation dans la pratique en allant au-delà des normes habituelles ? Quel objet d’horlogerie permet de le faire dans les meilleures conditions ? Hermann-Josef Müller se pose toutes ces questions depuis un moment. En discutant avec Lothar Schmidt, propriétaire de l’entreprise, il est apparu qu’une horloge était idéale. Il faut savoir que le début de la formation d’horloger est consacré uniquement au travail du métal. Limer, fraiser, meuler et tourner sont les premières compétences à acquérir pour ce métier. Les horloges constituent un support idéal, car les apprentis ne commenceront à travailler sur les montres que plus tard dans leur formation. Hermann-Josef Müller y a même vu un autre avantage : « Habituellement, les apprentis acquièrent ces compétences en travaillant sur des pièces ou des modèles qui ne joueront plus aucun rôle dans la pratique après leur fabrication. Mais si les pièces sont utilisées dans une horloge que les apprentis vont eux-mêmes fabriquer, ces activités prennent un tout autre sens. La motivation n’est plus la même. Les apprentis sont portés pendant toute la formation. »

La vis a été bleuie en interne.

Un projet aux défis insoupçonnés

Poulie, échappement de Graham et ressort d’entretien : tels étaient, parmi d’autres particularités, les principaux composants que Hermann-Josef Müller imaginait pour cette horloge (voir encadré en avant-dernière page). La décision tout juste prise, les premières difficultés apparaissent dès la période de préparation et de planification, qui commence durant l’été 2021. Tout au long du projet, les participants rencontrent de nouvelles surprises et doivent sans cesse sortir des sentiers battus. En effet, il n’a pas été simple de trouver un modèle pour cette aventure. Le vieux régulateur d’une collègue remplit finalement les critères imaginés, mais il manque encore les dessins et les plans techniques sur lesquels les apprentis doivent s’appuyer pour fabriquer l’horloge dans les règles de l’art. Que faire alors ? Hermann-Josef Müller décide de démonter l’horloge en pièces détachées et documente le processus en prenant des photos. « Armé » d’un pied à coulisse et d’autres outils de mesure, il relève toutes les cotes importantes et demande aux collaborateurs de son service développement de réaliser les dessins techniques des quelque 100 pièces du mouvement.

  • La poulie

    La poulie sert à rallonger la durée de marche sans modifier la « hauteur de chute » du poids.

  • Le ressort d’entretien

    Le ressort d’entretien est une pièce du remontoir. Il alimente les rouages en énergie pendant le remontage et garantit que l’échappement n’est pas endommagé

  • L’échappement de Graham

    L’échappement de Graham empêche le fonctionnement précipité et incontrôlé des rouages.

Acheter des machines

C’est à la promotion 2022 que revient l’honneur de lancer la phase de mise en œuvre. Mais l’enthousiasme des participants est d’abord mis à mal, car les machines manquent et sont difficiles à obtenir. « Nous avions besoin d’une machine à tailler les roues spéciale, qui n’est plus que rarement utilisée. Après de longues recherches en Suisse, à force de patience et avec un peu de chance, nous avons pu dénicher ce qui s’est avéré le dernier exemplaire. Elle n’était plus toute jeune, mais encore fonctionnelle. Nous avons également dû acheter un autre tour d’horloger et une perceuse verticale de précision. Ces investissements ont été validés par Lothar Schmidt sans grande hésitation. » Toutefois, la machine à tailler les roues ne dispose pas de l’accessoire servant à fabriquer les roues dentées et les pignons. L’équipe dessine alors les plans correspondants qui permettent à l’atelier de fabriquer rapidement les pièces manquantes.

Trouver des solutions créatives

La recherche de modèle, des machines difficiles à acquérir, des coûts d’investissement : d’autres difficultés apparaissent sans tarder. « D’une part, nous manquions largement d’expérience pratique dans la fabrication des horloges. Nous avons donc dû acquérir le savoirfaire. En d’autres mots, apprendre par la pratique. Au début, nous avons dû par exemple fabriquer plusieurs fois certaines pièces : nous avons donc réellement payé cher notre manque d’expérience. D’autre part, nous avons sans cesse rencontré des problèmes inédits qui nous ont demandé pas mal de talent d’improvisation. Et pourtant, personne ne s’est laissé décourager, ce qui me fait particulièrement plaisir », explique Hermann-Josef Müller. Une motivation qui transparaît sur plusieurs « chantiers » – par exemple dans la manipulation de la machine permettant de fabriquer les roues dentées et les pignons ou dans l’assemblage Machine à tailler les roues du mouvement. Roues fabriquées par les apprentis. Ce sont elle qui transmettent l’énergie dans le mouvement. Fabrication de la denture sur l’ébauche de roue à l’aide d’une fraise module. du pendule en acier carbone, qui a nécessité la mise au point de notre propre technique de fabrication.

Die Verzahnung des zeigerwerks erfolgt auf der Drehmaschine mit einer selbst gefertigten Teilscheibe.

Ou encore lorsqu’il a fallu pallier l’absence d’un des cercles primitifs à 52 dents du disque diviseur de la machine à tailler les roues. La solution ? La conception et la fabrication, par un apprenti, d’un disque diviseur et de ses accessoires, pour pouvoir l’utiliser sur le tour d’horloger. Pour la fabrication des palettes (pattes de l’ancre), l’équipe a dû aussi commencer par acquérir des connaissances, puis faire preuve de créativité. Dans ce cas, c’est Jessica Schmitt, responsable de la formation, qui a conçu puis fabriqué un gabarit d’angle pour découper correctement les palettes. Autre difficulté : la pose des engrènements des rouages. Le compas aux engrenages, dont l’équipe avait un besoin urgent, a dû être acheté via une plateforme d’enchères en ligne. Il a permis de déterminer les positions des roues, afin que l’engrènement de la roue dans le pignon ait le bon écartement et ne cause aucun frottement inutile. Tout comme un compas classique, cet outil est lui aussi muni de pointes permettant de reporter le bon écartement sur une tôle.

Hilfswerkzeug (Winkellehre) für die genaue Fertigung der Ankerpaletten.
Un atelier de fabrication des cabinets

En parallèle des tâches techniques s’est posée la question de l’apparence et de la construction du cabinet. Hermann-Josef a donc commencé par dessiner une ébauche de plan, qui a ensuite été tracée par CAO. Puis un menuisier a fabriqué des kits en chêne, noyer et cerisier sur la base de ce plan. Enfin, Frank Leipold, maîtremenuisier, Jessica Schmitt et HermannJosef Müller, formateurs, ainsi que les apprentis, se sont réunis lors d’un atelier consacré principalement à la finition des surfaces, au ponçage et au huilage. Les apprentis ont ainsi bénéficié « en passant » d’une formation accélérée sur le travail du bois. Les participants ont aussi dû acquérir ensemble l’expertise nécessaire pour monter le cabinet et fabriquer un châssis support spécial permettant de coller la face avant dans les baguettes en bois de la porte.

Une fabrication totalement intégrée

Comme le laissent deviner les conditions de fabrication, chaque horloge réalisée par un ou une apprenti(e) est une pièce unique qui se distingue notamment par ses aiguilles et son cadran, car la liberté de conception était ici totale. « Nous pouvons nous targuer d’avoir une fabrication totalement intégrée au sein de notre atelier de formation. Et il faut le dire, ce projet et toutes ses tâches relèvent d’un niveau d’exigence extrêmement élevé. La fabrication de l’horloge telle que nous l’avons réalisée va bien au-delà du programme de formation en horlogerie. Certes, les futurs maîtres-horlogers travaillent aussi sur des horloges à l’école, mais les rouages sont fournis, alors que nos apprentis les fabriquent entièrement. Nous avons tout réalisé nous-mêmes dès le début. Les compétences acquises dans ce cadre et les exigences en matière de résolution de problèmes constituent la préparation idéale pour les examens professionnels. Nos apprentis bénéficient donc d’un avantage par rapport aux autres entreprises. La qualité globale de notre formation se reflète dans les résultats de nos apprentis, qui obtiennent souvent des notes supérieures à la moyenne », explique Hermann-Josef Müller, non sans fierté.

Préserver le savoir-faire horloger

Et si tout cela est possible, c’est parce que Sinn Spezialuhren a notamment pour objectif de « favoriser l’utilisation et la préservation des techniques artisanales traditionnelles, en particulier dans le domaine de l’horlogerie ». Le projet « horloges » s’inscrit donc parfaitement dans la philosophie de l’entreprise. De plus, il fait directement écho au fait que l’horlogerie fasse partie du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Si ce projet constitue donc un investissement dans l’avenir du métier dans son ensemble, il contribue aussi concrètement à la pérennité de l’entreprise en termes de main-d’œuvre qualifiée. Son importance transparaît également en interne dans le fait que les apprentis sont totalement intégrés au projet durant leurs deux premières années de formation, même si cela ne contribue pas directement à la valeur de l’entreprise. Pourtant, le jeu en vaut la chandelle !

Le cadran de cette horloge est fabriqué en maillechort. Les index en laiton ont d’abord été limés puis dorés. Les aiguilles, au contraire, sont en acier et ont été bleuies lors d’une étape supplémentaire. Le design du cadran a été conçu et réalisé par l’apprenti.

Une horloge qui ne cessera d’être améliorée

Cette histoire est d’ailleurs typique de SINN à un second niveau : il y a 14 ans, Jessica Schmitt commençait sa formation d’horlogère chez Sinn Spezialuhren. Hermann-Josef Müller a identifié très tôt son talent pour ce métier et l’a encouragée tout au long de ses études. Au sein de la direction de la formation de Sinn Spezialuhren, le renouvellement des générations est ainsi assuré au sens le plus positif du terme. Jessica porte elle-même un regard nostalgique sur ses années de formation. « Réparer et remettre en état de vieilles montres me procure une joie insoupçonnée. Mais pouvoir construire et concevoir soi-même une horloge, c’est quelque chose dont j’aurais rêvé lorsque j’étais apprentie. » Et même si la première horloge SINN a été terminée cette année par les apprentis de troisième année, sa conception est améliorée en permanence. Dès la deuxième horloge, le pont de roue d’ancre a été modifié par un apprenti afin de pouvoir observer l’échappement transmettre l’énergie au pendule grâce à une découpe dans la platine.

Renouvellement des générations : Jessica Schmitt succède à Hermann-Josef Müller à la direction de la formation.

« Être horloger, c’est rester curieux, sortir des sentiers battus et être capable de penser différemment. En construisant une horloge, nous apprenons beaucoup de choses que nous ne trouverions pas dans les livres. En définitive, tous les participants acquièrent ainsi les bases pour comprendre la mécanique dans son ensemble »  

Jessica Schmitt, responsable de la formation